Le Petit Féréor n°6

Janvier 2014

 

Le Petit Féréor est disponible en version papier pour les membres de l'association.

 

 

 

Editorial

 

Le 15 juin, nous avons jumelé le vernissage de l'exposition dans le cadre de NORMANDIE IMPRESSIONNISTE et l'ouverture au public de la fonderie potagère : ce n'était pas seulement une astuce logistique, mais un effet de notre volonté d'ouvrir le site à l'art au-delà de la seule métallurgie.

 

L'absence de certains, en particulier de ceux qui étaient en amont de notre exposition, montre une fois de plus qu'il est difficile d'exister au fin fond de la Basse-Normandie loin du littoral. Ici, en matière de décloisonnement, nos efforts pour percer sont souvent vains. Pourtant, nous espérons être crédibles lorsque nous prétendons ouvrir, décloisonner. Premier décloisonnement: tous les bâtiments du cuivre, enfin ouverts, nous font passer définitivement du stade du musée à celui de site et nous relient aux usines de l'autre coté de la Risle. Remercions cependant le FESTIVAL NORMANDIE IMPRESSIONNISTE - sur le thème de l'eau en 2013 - de nous avoir fait confiance (faut-il dire les yeux fermés?) en acceptant notre dossier, et, en nous permettant de montrer que, dans le dernier quart du 19ème, la vie quotidienne des gens d'Aube et leurs liens sociaux sont particulièrement structurés par l'eau : bien au-delà du moteur hydraulique et des vingt moulins en 1900 !

 

A l'usine, la chance a voulu que J-O. Mouchel, maître de tréfilerie, ayant fait les Beaux Arts, avait un joli coup de crayon. D'autre part, le partenariat avec les Amis de la Comtesse de Ségur, nous offrait l'occasion de montrer la richesse du thème de l'eau dans l'oeuvre et donc chez ses illustrateurs. La touche impressionniste nous était donnée par les oeuvres d'Alfred Swieykowski, remarquable peintre de la Risle entre autres. Ajoutons des sculptures de Jean-Alexandre DELATTRE, et nous étions comblés. Feuilleter le catalogue de cette double exposition vous permettra de mieux comprendre cette omniprésence de l'eau (cf. p. 6).

 

Ouvrir et décloisonner ne veut pas dire éclater. Nous avons essayé de réaliser quelque chose qui garde son unité, qui soit homogène. Après tout, nous avons déjà une cour carrée comme le Louvre, pourquoi ne pas faire comme Versailles en ouvrant nos portes à des artistes ?

 

En 2014, aller vers et avec les autres sera notre préoccupation principale dans les directions suivantes:

 

Vers les visiteurs avec la mise en place du travail au gros marteau grâce au procédé de la réalité augmentée (mise en oeuvre de Thomas Burger avec Laurent Dutertre sous l'égide du Pays d'Ouche Développement).

 

Vers les visiteurs avec l'installation d'un bocambre reconstitué (avec l'aide du Crédit Mutuel).

 

Vers les écoles (voir la rubrique de l'antenne pédagogique, p.7), dans un premier temps ).

 

En direction des mines, en amont de notre aciérie, grâce à un jumelage et à un voyage d'étude à Clausthal-Zellerfeld (Allemagne) dans une perspective de valorisation et de pérennisation des connaissances du patrimoine métallurgique et minier entre les deux pays.

 

Ces deux derniers projets sont menés avec le soutien du Pays d'Ouche Développement, et en coopération avec le Pays du Bocage Ornais, le Carrefour Rural des Acteurs Normands, le Comité Départemental du Tourisme de l'Orne, le Centre Régional de Culture Ethnologique et Technique, et dans le cadre d'un partenariat avec l'Association le Savoir et le Fer.

 

D'autre part, nous ne perdons toujours pas espoir de tisser des liens avec des sites anglais en aval de ce qui se faisait à la grosse forge.

 

Nous vous remercions de participer à nos projets et si l'un de nos voeux est que vous soyez toujours plus nombreux à nous aider, tous les autres, de santé et de bonheur, vous sont destinés à l'occasion de ce nouvel an.

 

Bernard DERIVRY

 

 

Demandez le programme de mise en valeur 2014

 

 

 

 

 

 

 

► Installation du bocambre reconstitué (trouver le fabricant de l'arbre s'est avéré difficile).

 

► Mise en place de la réalité augmentée pour le four d'affinerie et surtout le gros marteau : l'organisation de la visite de l'Affinerie se trouvera remise en cause.

 

► Préparation de l'exposition 2015 -2016 (deux thèmes sont possibles : nous hésitons entre : soit Les énergies sources de chaleur à la GF: bois cru, charbon de bois, coke (avec fabrication du gaz à l'Aigle), soit L'électricité à AUBE (production de courant à la fenderie, les fils électriques et télégraphiques des Mouchel et la centrale électrique). Le choix va dépendre de contacts éventuels avec EDF/ERDF par l'intermédiaire de la mairie d'Aube.

 

► Conception d'une brochure-notice de fabrication d'une maquette de gros marteau et sa roue à mettre en vente éventuellement.

 

Sans oublier l'entretien et sans faire mentions des nombreuses améliorations possibles et programmées.

Si vous êtes intéressé(e) par l'une de ces pistes ou par toutes, n'hésitez pas à prendre contact avec nous !

Vous serez les bienvenus !

 

 

 

La métallurgie expliquée à tous

 

Les FOURS à la GROSSE FORGE, témoins de L'ÉVOLUTION de la MÉTALLURGIE - suite du PFI n°5

LA FONDERIE POTAGÈRE

 

RAPPELS DES LOIS DE L'ÉVOLUTION

 GÉNÉRALE DES FOURS :

 

► Ils seront de plus en plus clos.

► Ils protégeront de plus en plus le métal du contact direct avec les sources

de chaleur et les fumées qui modifient la chimie.

 

Plus on avance dans le temps, plus les opérations sont nombreuses et plus elles se différencient. Pour obtenir les meilleurs et les plus précis alliages du cuivre avec d'autres métaux, les Mouchel, maîtres de tréfilerie, ont utilisé à Aube une fonderie potagère. C'est, sur deux niveaux, un système de fours réservés aux creusets ou pots (les creusets, de simples creux dans le sol de la hotte, sont devenus des récipients fermés). Ainsi est préservée la pureté de chaque alliage et est évitée toute altération éventuelle due à des métaux intervenant dans une autre composition.

 

(d'après T. Churin, Cinq siècles de métallurgie…,

p. 134)

 

 

 

LA FONDERIE POTAGÈRE DE BOISTHOREL VERS 1890

Au niveau du sol de travail constitué de plaques de fonte, configuration

que l'on retrouve à la Grosse Forge.

 

 

Le creuset à l'intérieur du four

A & B : plaques de fonte. / C : briques réfractaires.

D : briques ordinaires. / E : couvercle.

F : départ de la cheminée. - LL : supports du massif.

M : support des grillons.

R : grillons : supports du creuset et du charbon de bois ou du coke.

S : sable pilé.

 

(Schéma de J-O. Mouchel vers 1890)

 

 

 

 

 

 

 

 

◄ Avant d'ouvrir le four et d'arracher le creuset

le fondeur se mouillait pour lutter contre la chaleur

qui sortait du foyer.

 

◄ Les aides du fondeur transportaient le creuset pour vider l'alliage cuivreux dans des moules ou lingotières où il refroidissait (Bois gravé de Jules-Olivier Mouchel). Le lingot, ou la barre selon la destination, ainsi obtenu était transformé dans un autre atelier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ACTIVITÉS DE L'ASSOCIATION en 2013

 

En plus des rendez-vous récurrents comme la Nuit des Musées et de Pierres en Lumières, des Journées du Petit Patrimoine de Pays et des Moulins, de celles, Européennes, du Patrimoine, l'année 2013 a été particulièrement riche en événements.

Le point d'orgue en a été, le 15 juin, l'ouverture au public de la fonderie potagère et le vernissage de l'exposition, commune aux deux musées, sur l'eau à la Grosse forge et dans l'oeuvre de Madame de Ségur, dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste.

L'aménagement de la fonderie et l'installation de l'exposition nous ont particulièrement occupés.

Une nouvelle sculpture, don

de Jean-Alexandre DELATTRE :

désormais installée au dessus d'un four ouvert : l'arracheur de creuset,

permet aux visiteurs et de comprendre le geste permettant l'extraction

du pot et d'en partager la pénibilité. ►

 Emile ZOLA nous décrit l'arrachage dans son livre Travail :

 

 … la fusion allait se faire. Ensuite, ce seraient les creusets enlevés et vidés, l'arrachage et le coulage, la besogne meurtrière…

… l'arracheur chargé de retirer les creusets. Blême, desséché, la face maigre et cuite, Fauchard avait gardé des jambes et des bras d'hercule. Déformé physiquement par la terrible besogne, toujours pareille, qu'il faisait depuis quatorze ans déjà, il avait plus souffert encore dans son intelligence de ce rôle de machine, aux gestes éternellement semblables, sans pensée, sans action individuelle, devenu lui-même un élément de lutte avec le feu... Et il n'avait plus qu'un besoin, qu'une joie: boire, boire ses quatre litres,…

il trempa d'eau, dans le bassin commun, le grand tablier de toile dont il était enveloppé. Puis, les pieds chaussés de gros sabots, les mains couvertes de gants mouillés, armées de la longue pince de fer, il enjamba le four, posa le pied droit sur le couvercle qu'on venait d'écarter, le ventre et la poitrine dans le coup d'effrayante chaleur qui montait du volcan entr'ouvert. Il apparut un moment tout rouge, flambant lui-même en plein brasier, ainsi qu'une torche. Ses sabots fumaient, son tablier et ses gants fumaient, toute sa chair semblait fondre. Mais lui, sans hâte, de ses yeux habitués à la flamme, cherchait le creuset au fond de la fosse embrasée, se penchait un peu pour le saisir avec la longue pince; et d'un brusque redressement des reins, en trois mouvements rythmiques et souples, l'une des mains s'écartant, glissant le long de la tige, jusqu'à ce que l'autre vint la rejoindre, il arracha le creuset, sortit d'un geste aisé, à bout de bras, ce poids de cinquante kilogrammes, pince et creuset compris, le déposa par terre, tel qu'un morceau de soleil, d'une blancheur aveuglante, qui tout de suite devint rosé. (Travail, chap. II, extraits : il s'agit de la fabrication d'obus en acier : la chaleur est d'autant plus intense !

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Association de la Grosse Forge d'Aube - 2014